Le trading fait rêver. Quelques graphiques, un écran rempli de courbes, un vocabulaire technique et une belle montre au poignet. Dites adieu à votre boulot et lancez-vous dans une activité rentable depuis chez vous !
Pour toucher ce rêve du doigt, il faut bien sûr se former : apprendre la méthode qui marche, passer des ordres, acheter bas et revendre plus haut. Et puis encaisser les gains.
Voilà la promesse des formations de trading. Faire de vous un “trader rentable”. Mais est-ce réaliste ? Ces formations ont-elles vraiment des choses à vous apprendre ? Decryptage.
Les formations de trading, construites sur du vent ?
La plupart des formations de trading vendues au grand public reposent sur un socle commun : l’analyse technique. En analysant les prix passés, en identifiant des patterns, des supports et des résistances, il serait possible d’anticiper les mouvements futurs du marché.
Sur le papier, c’est séduisant. Dans la pratique, c’est beaucoup plus fragile.
Le problème de l’analyse technique
L’analyse technique part du principe que les graphiques “parlent”. Le problème, c’est que les marchés financiers sont influencés par une infinité de facteurs : taux d’intérêt, résultats d’entreprise, banques centrales, géopolitique, flux institutionnels, liquidité, psychologie collective, algorithmes, annonces économiques, etc.
Autrement dit, un chandelier japonais ou une ligne tracée sur un graphique ne résume pas toute la complexité du marché. Mais surtout, il a été factuellement démontré à plusieurs reprises que l’analyse technique n’avait aucun pouvoir prédictif.
Hugo Bompard, Président de Finance Héros et auteur d’un article sur les meilleures (et les pires) formations en bourse a un avis tranché : “On sait depuis les années 70 que les méthodes apprises dans ces formations n’ont aucun fondement valide. D’ailleurs, si vous mettez les pieds dans la salle de marché d’une grande banque d’investissement ou d’un hedge fund, vous verrez qu’aucun trader ne fait d’analyse technique.”
La théorie des marchés efficients, popularisée par Eugene Fama, montre que les prix intègrent déjà l’information disponible. Dans sa forme faible, cette théorie remet directement en cause l’idée selon laquelle les prix passés suffiraient à prédire les prix futurs.
Burton Malkiel, dans son article “The Efficient Market Hypothesis and Its Critics”, rappelle également que si les marchés intègrent rapidement l’information, l’analyse technique, c’est-à-dire l’étude des prix passés pour prédire les prix futurs, ne permet pas d’obtenir un avantage exploitable durablement.
Même quand les résultats théoriques sont moins sévères, l’analyse technique ne passe pas le test de la pratique. Park et Irwin, dans leur revue sur la profitabilité de l’analyse technique, montrent que les résultats dépendent beaucoup des hypothèses faites sur les coûts de transaction, les coûts de financement et le slippage.
En clair : même quand une stratégie semble fonctionner dans un backtest, rien ne garantit qu’elle fonctionnera en conditions réelles. Et c’est encore plus vrai pour un particulier qui trade avec un petit capital et des frais proportionnellement élevés.
Le trading actif pénalise les investisseurs
Dans les faits, les données empiriques sur les investisseurs particuliers sont très défavorables au trading actif. Dans l’étude “Trading Is Hazardous to Your Wealth”, Barber et Odean analysent plus de 66 000 comptes de particuliers américains. Leur conclusion est sévère : les investisseurs qui tradent le plus obtiennent les moins bons résultats et ils sous-performent, en moyenne, le marché.
Le trading donne une impression de contrôle, mais l’activité excessive peut détruire de la performance. Plus on multiplie les ordres, plus on augmente les frais, les erreurs, les décisions émotionnelles et le risque de sortir du marché au mauvais moment.
Une formation trading qui vend l’idée qu’il suffit de “maîtriser les graphiques” pour battre le marché passe donc souvent sous silence le cœur du problème : la prévision de court terme est extrêmement difficile et le plus souvent vaine.
De l’art du trading ou de l’art de la séduction ?
Si les formations de trading se vendent aussi bien, ce n’est pas uniquement parce qu’elles enseignent des moyennes mobiles ou des figures chartistes. C’est surtout parce qu’elles s’appuient sur un marketing très efficace.
Le vrai produit vendu n’est pas toujours la compétence financière. C’est souvent une projection : devenir libre et indépendance, prendre sa revanche et vivre sans patron. Oui, les formations de trading vendent du rêve.
Le trader influenceur…
Sur YouTube, Instagram, TikTok ou Telegram, certains créateurs de contenu maîtrisent parfaitement les codes de la séduction commerciale. On retrouve souvent les mêmes éléments :
- un setup de trading impressionnant, avec plusieurs écrans ;
- des graphiques remplis d’indicateurs techniques ;
- et des captures de performances spectaculaires.
Les moins subtils affichent aussi des belles montres, des grosses voitures, et même des jolies filles. Autant d’éléments qui prouvent qu’on peut devenir riche avec le trading, alors pourquoi pas vous ?
L’AMF met d’ailleurs en garde contre les formations en ligne et certains influenceurs accusés d’arnaque et de manipulation par ses propres élèves forcément déçus.
… gagne sa vie en vendant des formations
Au-delà, des techniques de marketing, le problème de ces formations c’est aussi leurs coûts. La plupart d’entre elles sont vendues autour de 2 000 € et parfois jusqu’à 5000 €. À ces prix on comprend mieux pourquoi un formateur peut afficher un train de vie hors norme. Il lui suffit de trouver 10 clients par mois pour très bien gagner sa vie. Mais un Youtuber avec 100 000 abonnés peut facilement vendre 500 ou 1000 formations par an, de quoi empocher plusieurs millions à l’année.
Bref, ce n’est pas le trading qui l’enrichit, mais bien la vente du rêve de devenir trader.
De la séduction à la déception
Une fois la formation achetée, beaucoup de particuliers découvrent la dure réalité.
D’abord, il faut du capital. Gagner 5 % sur un apport de 10 000 € représente 500 €. Pas de quoi quitter son job. Et si on vise 10% par mois avec un capital de 50 000 euros, l’affaire est faite, non ?
C’est là que la déception est la plus marquée. Les performances promises sont souvent irréalistes. Viser 10% ou même 5% de performance mensuelle n’est pas tenable. Pour s’en rendre compte il suffit de remarquer qu’à ce rythme vous pouvez transformer 50 000 euros en 400 millions d’euros en moins de 10 ans. Si c’était possible, Youtube serait peuplé de milliardaires !
Les propfirms, le deuxième coup de bambou
Pour entretenir l’illusion que vous pouvez gagner de l’argent avec le trading, même en partant de rien, une industrie s’est développée : celle des propfirms. Ces sociétés vous confient de l’argent pour que vous puissiez l’investir sur les marchés. Les gains sont alors partagés entre vous.
Seulement, pour obtenir ce capital, il faut passer les tests ; “les challenges”. Et, bien entendu, ces challenges sont payants ! Or, en pratique, beaucoup de traders multiplient les frais d’inscription sans jamais atteindre les objectifs du challenge.
D’ailleurs, le business model de ces propfirms tient plus de la vente de challenge que des opérations de trading, dont on se demande même si elles finissent par être réelles. En revanche, votre formateur n’aura pas oublié de vous envoyer vers telle ou telle propfirm avec son lien d’affiliation, de sorte qu’à chaque inscription à un challenge, il touchera sa commission.
Après avoir payé votre formation, vous aurez donc cramé plusieurs centaines d’euros supplémentaires auprès d’une propfirm. Pendant ce temps-là, votre formateur encaisse. Vous n’êtes pas devenu un trader rentable mais vous vous rapprochez furieusement de la dinde ou du pigeon.


